
Le tourisme de masse a rendu accessibles la plupart des destinations paradisiaques de notre planète, mais certains territoires tropicaux résistent encore à cette démocratisation. Ces îles et lagunes préservées ne se découvrent qu’au prix d’une navigation parfois périlleuse, d’autorisations complexes à obtenir, ou simplement parce qu’aucune infrastructure terrestre ne les relie au continent. Pour les voyageurs en quête d’authenticité, ces destinations représentent le Graal absolu : des écosystèmes intacts, des communautés insulaires vivant selon leurs traditions ancestrales, et des paysages d’une beauté à couper le souffle. Selon les données de l’Organisation mondiale du tourisme, moins de 3% des voyageurs internationaux s’aventurent vers ces territoires isolés, ce qui contribue paradoxalement à leur préservation. Préparez-vous à larguer les amarres vers des horizons où l’aventure commence dès que vous montez à bord.
Archipel des mergui en birmanie : navigation dans les eaux interdites du myanmar
L’archipel des Mergui, composé de plus de 800 îles dispersées dans la mer d’Andaman, constitue l’un des derniers sanctuaires marins inexplorés d’Asie du Sud-Est. Cette constellation d’îlots calcaires recouverts de jungle épaisse demeure largement isolée en raison des restrictions gouvernementales birmanes qui ont longtemps fermé cette région aux visiteurs étrangers. La navigation dans ces eaux cristallines révèle un monde où le temps semble s’être arrêté, avec des plages de sable blanc vierges, des formations coralliennes spectaculaires et une biodiversité marine exceptionnelle. Les statistiques du ministère du tourisme birman indiquent que seulement 5 000 visiteurs par an obtiennent l’autorisation de naviguer dans cet archipel, comparé aux millions qui affluent vers les destinations balnéaires thaïlandaises voisines.
Permis spéciaux de navigation et restrictions gouvernementales pour accéder aux 800 îles
L’accès à l’archipel des Mergui nécessite l’obtention d’un permis spécial délivré par les autorités birmanes, un processus qui peut prendre plusieurs semaines et requiert le passage par un opérateur agréé. Ce permis de croisière coûte généralement entre 200 et 300 dollars par personne, auquel s’ajoutent les frais de l’affrètement du bateau. Les autorités limitent strictement les zones navigables, certaines îles restant totalement interdites d’accès pour des raisons de sécurité nationale ou de conservation. Vous devez également présenter votre itinéraire précis et respecter les zones de mouillage autorisées, sous peine d’amendes substantielles ou d’expulsion immédiate.
La plupart des voyageurs choisissent de partir de Kawthaung, le port principal du sud de la Birmanie, où plusieurs opérateurs spécialisés proposent des croisières d’expédition sur des voiliers traditionnels ou des bateaux à moteur confortables. Les départs depuis Ranong, côté thaïlandais, sont également possibles mais impliquent des formalités douanières supplémentaires. Il est impératif de réserver votre expédition plusieurs mois à l’avance, particulièrement durant la haute saison entre décembre et mars.
Village flottant des moken : rencontre avec les nomades de la mer d’andaman
Les Moken, surnommés les « gitans des mers », constituent l’une des dernières populations nomades maritimes de la planète. Vivant traditionnellement sur leurs
bateaux en bois appelés kabang, ils suivent les saisons, les courants et les migrations des poissons. Dans l’archipel des Mergui, quelques villages flottants subsistent encore, bien que la sédentarisation forcée et la pression touristique transforment progressivement leur mode de vie. Une escale dans un village moken n’est possible qu’avec un guide local et nécessite un réel respect des habitants : pas de distribution de cadeaux à l’improviste, pas de photos sans accord explicite, et des échanges médiés par votre équipage pour éviter les malentendus culturels.
Vous y découvrez un rapport à la mer radicalement différent de celui que nous connaissons en Occident : ici, l’océan est à la fois garde-manger, route, et territoire spirituel. Les enfants apprennent à plonger avant de savoir courir, et les adultes possèdent une connaissance fine des fonds marins, des vents et des marées. Pour vous, voyageur, ces rencontres sont souvent les moments les plus marquants d’une croisière dans les Mergui : vous ne faites pas qu’admirer un paysage tropical inaccessible, vous comprenez aussi comment vivent ceux qui habitent ces eaux depuis des générations.
Spots de mouillage protégés : jar lann kyun et nyaung wee island
Dans un archipel aussi vaste, le choix des mouillages est stratégique pour profiter des paysages tout en respectant les écosystèmes fragiles. Jar Lann Kyun, vaste île recouverte de jungle, offre plusieurs anses abritées du vent de nord-est, avec des fonds sablonneux idéaux pour jeter l’ancre sans abîmer les coraux. Les eaux y sont suffisamment profondes pour accueillir aussi bien des catamarans de croisière que des voiliers monocoques, et vous pouvez souvent débarquer en annexe sur des plages totalement désertes, bordées de palétuviers et de filaos.
Plus au nord, Nyaung Wee Island est un autre spot de mouillage très apprécié des skippers connaissant bien les Mergui. Protégée par un récif frangeant, l’île forme un lagon naturel d’une clarté exceptionnelle, parfait pour le snorkeling ou la plongée bouteille. La nuit, le plancton bioluminescent illumine parfois le sillage du bateau, donnant l’impression de naviguer sur un ciel étoilé inversé. Dans ces zones sensibles, les autorités birmanes imposent de ne pas ancrer sur les coraux et de conserver une distance minimale avec les plages où nichent les tortues marines, sous peine d’amende.
Meilleure période de navigation : fenêtre météorologique entre novembre et avril
Si l’archipel des Mergui fait rêver toute l’année, il n’est pratiquement accessible en bateau qu’entre novembre et avril. Cette fenêtre météorologique correspond à la saison sèche, lorsque la mousson du sud-ouest a quitté la région et que les vents sont plus réguliers. De décembre à février, la visibilité sous-marine est souvent excellente, avec une mer relativement calme et peu de pluies, des conditions idéales pour une croisière d’expédition sur plusieurs jours. Les températures oscillent alors entre 28 et 32 °C, avec une humidité moindre que le reste de l’année.
À l’inverse, de mai à octobre, la mer d’Andaman est balayée par des vents forts et des pluies intenses, rendant la navigation non seulement inconfortable mais parfois dangereuse. De nombreux opérateurs suspendent totalement leurs croisières pendant cette période, et les autorités peuvent restreindre encore davantage l’accès à certaines zones. Vous prévoyez de naviguer dans les Mergui ? Anticipez vos dates : réserver de 6 à 9 mois à l’avance pour les départs de janvier ou février est souvent indispensable pour garantir une place à bord et obtenir vos permis à temps.
Îles san blas du panama : protocole d’accostage dans le territoire autonome guna yala
Au large de la côte caraïbe du Panama, les îles San Blas — officiellement région autonome de Guna Yala — s’étirent comme un collier de perles turquoise sur près de 200 kilomètres. Cet archipel de 365 îles, dont une cinquantaine seulement sont habitées, est régi par le peuple autochtone Guna, qui a conservé un contrôle strict sur son territoire maritime. Aucune route ne relie ces îles au continent : pour poser le pied sur leurs plages de carte postale, il faut impérativement venir par la mer, à bord d’un voilier, d’un catamaran ou d’une lancha locale. Cette relative isolation a permis aux Guna de préserver à la fois leur culture et un environnement marin parmi les plus intacts des Caraïbes.
Formalités avec le congrès guna : obtention du permis de croisière et taxes communautaires
Naviguer dans les îles San Blas ne s’improvise pas. Avant d’entrer dans les eaux de Guna Yala, vous devez vous acquitter de plusieurs droits d’accès : une taxe d’entrée par personne et par bateau au poste de contrôle, puis des frais supplémentaires pour chaque île ou mouillage géré par une communauté. Ces montants restent variables, mais comptez généralement entre 20 et 30 USD par personne pour l’entrée, puis quelques dollars par jour pour le mouillage, directement versés aux représentants locaux. Les bateaux de croisière professionnels intègrent souvent ces coûts dans leur tarif global, ce qui simplifie la gestion administrative.
Le Congrès Guna, véritable gouvernement autonome de la région, encadre strictement l’activité nautique. Il est interdit de pêcher certaines espèces, de prélever des coraux ou des coquillages, et de construire des infrastructures touristiques permanentes sans accord communautaire. Pour vous, cela signifie que la meilleure façon de naviguer aux San Blas est de passer par un skipper déjà autorisé, qui vous aidera à respecter les protocoles d’accostage et les usages locaux. En échange, vous avez la chance d’explorer un paradis tropical encore largement à l’abri du tourisme de masse.
Mouillages recommandés : chichime, holandes cays et green island
Parmi les 365 îles coralliennes des San Blas, certains mouillages sont devenus des classiques pour les navigateurs en quête de lagons translucides. Chichime, située à l’entrée ouest de l’archipel, est souvent la première escale après la traversée depuis Colón. Entourée de récifs protecteurs, elle offre un mouillage sûr même par vent soutenu, avec un décor de cocotiers et de sable blanc digne des plus belles cartes postales. Les Guna y ont installé quelques huttes rustiques, où vous pouvez déguster des langoustes ou du poisson frais, moyennant une contribution directement négociée avec les familles locales.
Plus au large, les Holandes Cays, parfois surnommées les “Cayos Hollandes”, séduisent par leurs chenaux étroits et leurs bancs de sable immergés. C’est l’un des meilleurs secteurs pour le snorkeling dans les San Blas, avec des coraux encore bien préservés et une faune abondante (raies, poissons-perroquets, tortues). Green Island, quant à elle, constitue un mouillage plus intimiste, apprécié des équipages qui cherchent un endroit calme pour passer plusieurs nuits. Ici, pas de bars ni de musique : seulement le bruit du vent dans les palmes et le clapotis de l’eau contre la coque. Idéal si vous rêvez de passer une nuit à la belle étoile sur le pont du bateau.
Navigation hauturière depuis colón : traversée des 365 îles coralliennes
La plupart des croisières vers les San Blas débutent sur la côte caraïbe du Panama, à proximité de Colón ou de la zone du Canal. Depuis ces ports, il faut compter entre 8 et 12 heures de navigation, généralement de nuit, pour atteindre les premières îles de Guna Yala. Cette traversée hauturière nécessite une bonne maîtrise de la météo tropicale et des courants, surtout en saison des alizés lorsque le vent souffle fort de secteur est. De nombreux voyageurs choisissent donc de confier la barre à un skipper professionnel qui connaît les routes d’accès et les passes coralliennes parfois délicates à négocier.
Une fois dans l’archipel, la navigation se transforme en un véritable jeu d’échecs entre les récifs, les hauts-fonds et les chenaux turquoise. Les cartes ne suffisent pas toujours, et l’œil expérimenté du capitaine, capable de “lire” les couleurs de l’eau, reste indispensable. Pensez à prévoir une marge de sécurité dans votre planning : ici, on avance doucement, on contourne les nuages sombres, on attend que la visibilité s’améliore avant d’entrer dans un lagon. C’est tout le charme d’une destination tropicale accessible uniquement par bateau : le temps se mesure davantage en marées qu’en kilomètres.
Restrictions écologiques : zones de protection marine et règles d’ancrage
Comme beaucoup de territoires insulaires fragiles, les San Blas sont soumis à une pression environnementale croissante. Pour protéger les récifs et les herbiers marins, les Guna ont instauré plusieurs règles strictes : interdiction d’ancrer sur les coraux, obligation de ramener tous ses déchets au continent, limitation de la pêche autour de certaines îles sacrées. Dans certains mouillages, des bouées écologiques ont été installées afin d’éviter les dégâts causés par les ancres ; utiliser ces dispositifs fait désormais partie des bonnes pratiques de la navigation responsable dans la région.
En tant que voyageur, vous jouez un rôle clé dans la préservation de ces écosystèmes tropicaux. Évitez les crèmes solaires contenant des filtres chimiques nocifs pour les coraux, ne marchez pas sur les récifs à marée basse et ne nourrissez pas les poissons pour “améliorer” vos photos. Loin d’être des contraintes, ces restrictions écologiques sont le prix à payer pour continuer à profiter de paysages quasi intacts. Après tout, qui voudrait d’un paradis accessible uniquement par bateau… mais déjà dégradé par les excès du tourisme ?
Baie d’halong terrestre vietnamienne : van long et tam coc accessibles par sampan traditionnel
Au nord du Vietnam, la baie d’Halong terrestre offre un spectacle karstique comparable à sa célèbre cousine maritime, mais dans un décor de champs de riz et de canaux tranquilles. Ici, pas de grands bateaux de croisière : l’accès aux zones les plus spectaculaires se fait à bord de petits sampans traditionnels, souvent propulsés à la rame… parfois même avec les pieds, selon une technique locale étonnante. Van Long et Tam Coc sont les deux principaux points de départ pour explorer ces paysages inondés, où les pitons calcaires se reflètent dans des eaux calmes peuplées de nénuphars.
La réserve naturelle de Van Long, moins connue que Ninh Binh ou Trang An, est particulièrement intéressante pour les voyageurs en quête de tranquillité. Environ 30 % seulement des visiteurs de la région s’y aventurent, selon les autorités touristiques vietnamiennes, ce qui en fait une alternative plus confidentielle à la baie d’Halong classique. Les sampans y glissent silencieusement entre les rochers et les roselières, offrant des conditions idéales pour l’observation des oiseaux et, avec un peu de chance, des langurs de Delacour, l’un des primates les plus menacés au monde.
À Tam Coc, l’expérience de navigation se double d’une plongée dans la vie rurale vietnamienne. Le parcours en bateau serpente entre rizières et formations calcaires, avant de s’enfoncer dans plusieurs grottes naturelles éclairées à la lueur des frontales. Les parois se rapprochent parfois au point de frôler votre chapeau, créant une atmosphère presque irréelle. Vous vous demandez si ces paysages sont réellement accessibles uniquement par bateau ? Oui, car la profondeur irrégulière des canaux et l’absence de berges praticables rendent toute circulation terrestre impossible sur une grande partie du parcours.
Pour vivre cette expérience dans les meilleures conditions, privilégiez les premières heures du matin ou la fin d’après-midi, lorsque la lumière est douce et que les groupes de touristes sont moins nombreux. Emportez un vêtement imperméable léger : même si la navigation est paisible, quelques éclaboussures sont inévitables, surtout pendant la saison des pluies entre mai et octobre. Enfin, n’oubliez pas que les rameurs vivent en grande partie des pourboires : une gratification raisonnable, discutée à l’avance avec votre guide, permet de rémunérer équitablement leur travail sans encourager les excès.
Îles mamanuca et yasawa aux fidji : croisière obligatoire dans l’archipel volcanique
Au cœur du Pacifique Sud, les archipels des Mamanuca et des Yasawa incarnent le cliché parfait de la destination tropicale accessible uniquement par bateau : lagons bleu électrique, volcans érodés tapissés de végétation, plages immaculées bordées de cocotiers. Bien que certains resorts disposent de petites pistes d’atterrissage, la majorité des îles ne peuvent être rejointes qu’en bateau inter-îles, en voilier privatisé ou en catamaran de croisière. Cette contrainte logistique a permis de maintenir une densité touristique relativement faible, en comparaison d’autres destinations insulaires plus faciles d’accès.
Port de départ de denarau marina : affrètement de voiliers et catamarans
La porte d’entrée principale vers les Mamanuca et les Yasawa se situe à Denarau Marina, sur l’île principale de Viti Levu. Ce port moderne concentre la plupart des compagnies de ferries rapides, des opérateurs de croisières et des agences d’affrètement de voiliers et catamarans. Vous pouvez y réserver une cabine sur un bateau de croisière à taille humaine, opter pour un catamaran privatif avec skipper, ou même louer un voilier en bareboat si vous disposez des certifications nautiques requises. Dans tous les cas, la navigation est incontournable : aucune route ne relie Denarau aux îles extérieures.
Les temps de traversée varient de 45 minutes pour les îles Mamanuca les plus proches, à plusieurs heures pour atteindre les Yasawa situées au nord-ouest. Les ferries assurent un service régulier, mais les itinéraires de croisière permettent de s’éloigner davantage des routes fréquentées et d’accéder à des mouillages isolés. Gardez à l’esprit que la saison cyclonique s’étend généralement de novembre à avril dans cette partie du Pacifique ; la plupart des voyageurs privilégient donc la période de mai à octobre, plus sèche et plus stable pour la navigation.
Blue lagoon et Sawa-i-Lau caves : sites emblématiques accessibles uniquement par bateau
Parmi les nombreuses baies et criques des Yasawa, le Blue Lagoon — rendu célèbre par le film éponyme — reste l’un des mouillages les plus spectaculaires. Encerclée par plusieurs îlots, cette vaste anse aux eaux peu profondes offre un dégradé de bleus presque irréel, protégé des vents dominants. Aucun accès routier ne mène à ce lagon : pour s’y baigner ou y passer la nuit au mouillage, il faut impérativement arriver par bateau. C’est l’endroit rêvé pour une session de snorkeling ou simplement pour flotter dans une eau à 28 °C, entouré de poissons tropicaux.
Un peu plus au nord, les grottes de Sawa-i-Lau ajoutent une dimension presque mystique à votre croisière. Ces cavités calcaires partiellement inondées ne sont accessibles qu’en annexe ou en petit bateau local, puis à la nage une fois à l’intérieur. Pour pénétrer dans la grotte intérieure, il faut parfois plonger brièvement sous un passage rocheux assez étroit, une expérience qui peut rappeler le franchissement d’un “seuil secret” vers un autre monde. Comme souvent dans les destinations tropicales accessibles uniquement en mer, ce décor spectaculaire reste préservé précisément parce que l’accessibilité est limitée.
Système de taxation fidjien sevusevu : protocole traditionnel d’entrée dans les villages
Au-delà des paysages, naviguer aux Fidji implique aussi de respecter des coutumes ancestrales, en particulier le sevusevu. Ce rituel d’accueil traditionnel consiste à offrir un présent — le plus souvent des racines de kava — au chef du village où vous souhaitez débarquer, mouiller ou randonner. Sans cette démarche, votre présence peut être perçue comme intrusive, voire irrespectueuse. La cérémonie, simple mais chargée de symboles, officialise en quelque sorte votre “permis” de visite auprès de la communauté locale.
Dans la pratique, les skippers fidjiens vous guident dans ce protocole : ils achètent le kava au marché avant le départ, vous expliquent les formules de politesse à utiliser et organisent la rencontre avec le chef. En échange, le village peut vous demander une petite contribution financière, souvent modeste, destinée à l’entretien des chemins, des écoles ou des infrastructures communautaires. Ce système, mêlant respect culturel et forme de taxation informelle, contribue à faire des croisières dans les Yasawa et les Mamanuca un tourisme plus équitable, où les habitants bénéficient directement de votre passage.
Bacalar au mexique : navigation en kayak dans la lagune aux sept couleurs
À l’extrême sud de la péninsule du Yucatán, loin des foules de Cancún et de Tulum, la lagune de Bacalar dévoile un ruban d’eau douce aux teintes incroyables. Surnommée la “lagune aux sept couleurs” en raison de ses dégradés de bleu, elle s’étend sur près de 42 kilomètres, sans accès direct à la mer. Ici, pas de bateaux à moteur bruyants multipliant les allers-retours : les zones les plus préservées ne se découvrent qu’en kayak, en paddle ou à bord de petites embarcations à voile, afin de protéger les stromatolites, ces formations calcaires vieilles de plusieurs milliers d’années.
Cette contrainte d’accessibilité douce transforme votre exploration en véritable immersion sensorielle. Pagayer au ras de l’eau vous permet d’observer les nuances de couleur qui varient selon la profondeur, la nature du fond et l’angle du soleil. Les cenotes ouverts sur la lagune créent des puits bleu nuit au milieu des eaux turquoise, comme si la surface laissait entrevoir un autre monde. La navigation est relativement simple, mais il reste crucial de respecter les couloirs balisés : s’approcher trop près des stromatolites ou des zones de végétation aquatique fragile peut avoir des conséquences irréversibles sur cet écosystème unique.
Ces dernières années, les autorités mexicaines ont renforcé la réglementation à Bacalar, limitant la puissance des moteurs autorisés et imposant des zones sans navigation. Pour vous, cela signifie privilégier les sorties en kayak guidées, tôt le matin ou en fin de journée, lorsque la lumière est la plus belle et que le vent est encore faible. Pensez à emporter un chapeau à large bord, une gourde réutilisable et une protection solaire minérale : dans un environnement aussi fragile, chaque geste compte pour que cette lagune reste l’une des plus belles destinations tropicales accessibles uniquement par petits bateaux.
Îles togian en sulawesi : traversée maritime obligatoire depuis ampana ou gorontalo
Au cœur du golfe de Tomini, au large de l’île de Sulawesi en Indonésie, les îles Togian forment un archipel presque circulaire, difficile d’accès mais d’une richesse marine exceptionnelle. Aucune liaison aérienne ne dessert ces îles : pour y poser le pied, il faut obligatoirement embarquer à Ampana, sur la côte est de Sulawesi, ou à Gorontalo, plus au nord. Ce trajet maritime, qui peut durer de 4 à 12 heures selon le point de départ et le type de bateau, filtre naturellement le tourisme de masse et réserve les Togian aux voyageurs prêts à s’éloigner des circuits classiques.
Récifs de kadidiri et malenge : plongée dans le triangle de corail
Une fois arrivé dans l’archipel, vous découvrez ce qui fait la renommée des Togian : une mosaïque de récifs coralliens située en plein cœur du Triangle de Corail, la zone marine la plus biodiversifiée de la planète. Autour de Kadidiri, les sites de plongée se succèdent à quelques minutes de bateau seulement : tombants vertigineux, jardins de coraux durs, bancs de barracudas et, avec un peu de chance, requins de récif ou raies manta. La visibilité dépasse souvent les 25 mètres en saison sèche, offrant des conditions idéales pour la photographie sous-marine.
Malenge, plus à l’est, séduit par ses plages désertes et ses récifs frangeants accessibles en quelques coups de palme depuis la plage ou après un court trajet en pirogue motorisée. Ici, la sensation d’isolement est totale : pas de route, pas de grands hôtels, seulement quelques écolodges et homestays construits en matériaux locaux. Comme dans de nombreuses destinations tropicales accessibles uniquement par bateau, l’électricité est fournie quelques heures par jour par des générateurs, et la connexion internet reste aléatoire. Un luxe paradoxal pour ceux qui cherchent à se déconnecter vraiment.
Bateau public vs bateau privé : options de transport maritime inter-îles
Se déplacer entre les îles Togian implique de composer avec un réseau de bateaux publics irrégulier mais authentique, ou d’opter pour la flexibilité d’un bateau privé. Les ferries locaux, souvent en bois, relient Ampana à Wakai, puis desservent certaines îles principales quelques fois par semaine. Ils constituent l’option la plus économique, mais exigent patience et souplesse : retards, changements d’horaires et annulations de dernière minute font partie du quotidien. L’expérience, en revanche, est unique, vous permettant de partager le trajet avec des habitants, des marchandises, voire parfois des poules ou des motos.
Pour gagner en confort et en liberté, beaucoup de voyageurs choisissent d’affréter une petite embarcation privée via leur hébergement. Ces bateaux inter-îles permettent d’ajuster votre itinéraire en fonction de la météo, des marées et de vos envies : un jour pour explorer les villages Bajau, un autre pour découvrir un récif isolé repéré par votre guide. Bien sûr, le coût est supérieur à celui des bateaux publics, mais reste souvent raisonnable à l’échelle d’un voyage lointain. Comme une navette personnalisée sur une autoroute invisible, la mer devient alors votre seule route entre ces îles préservées.
Villages bajau sur pilotis : immersion chez les gitans des mers de célèbes
Parmi les rencontres les plus marquantes d’un séjour aux Togian figurent les communautés Bajau, souvent qualifiées de “gitans des mers” en mer de Célèbes. Ces populations, historiquement nomades, vivent aujourd’hui dans des villages sur pilotis construits directement au-dessus du lagon, parfois à plusieurs centaines de mètres des côtes. L’accès ne se fait que par bateau : vous débarquez sur des passerelles en bois reliant les maisons, au milieu des filets de pêche séchant au soleil et des enfants qui plongent depuis les pontons avec une aisance déconcertante.
Les Bajau entretiennent une relation intime avec l’océan, comparable à celle des Moken en mer d’Andaman ou des Guna au Panama. Leur savoir-faire en apnée, leur connaissance des fonds marins et leur capacité à lire la météo à l’œil nu forcent le respect. Pour vous immerger dans leur quotidien sans le perturber, il est recommandé de passer par un guide local qui connaît les familles prêtes à accueillir des visiteurs. Une contribution financière, souvent modeste, est généralement versée à la communauté en échange du temps accordé et des éventuelles démonstrations de pêche ou d’artisanat.
Dans un monde où l’on mesure trop souvent la valeur d’une destination au nombre de vols directs qui la desservent, les Togian et leurs villages Bajau rappellent qu’il existe encore des lieux où le bateau demeure la seule clé d’entrée. Accepter cette contrainte — des heures de navigation, des horaires fluctuants, un confort parfois rudimentaire —, c’est aussi s’offrir la possibilité de découvrir des univers humains et naturels qui auraient disparu depuis longtemps si une route avait été construite jusqu’à leur porte.