L’archipel des Mergui demeure l’un des secrets les mieux gardés d’Asie du Sud-Est. Dispersé dans la mer d’Andaman au large de la côte sud-ouest de la Birmanie, cet ensemble d’environ 800 îles s’étend sur une zone maritime de 36 000 kilomètres carrés, offrant une biodiversité marine et terrestre exceptionnelle. Longtemps fermé aux visiteurs étrangers en raison de restrictions gouvernementales strictes, l’archipel n’a ouvert timidement ses portes qu’en 1997, préservant ainsi ses écosystèmes d’une surexploitation touristique. Aujourd’hui encore, moins de 3 000 voyageurs par an explorent véritablement ces eaux cristallines et ces îles luxuriantes, faisant de Myeik Archipelago une destination privilégiée pour les aventuriers en quête d’authenticité. Entre récifs coralliens préservés, forêts primaires impénétrables et villages flottants ancestraux, ce territoire maritime offre une expérience unique au monde, où la nature règne encore en maîtresse absolue.

Géographie et topographie de l’archipel des mergui dans la mer d’andaman

L’archipel des Mergui se caractérise par une géographie complexe et fascinante, résultant de millions d’années d’évolution géologique. Cette constellation d’îles s’étire sur près de 400 kilomètres du nord au sud, depuis la région de Bokpyin jusqu’à Kawthaung, créant une frontière maritime naturelle entre le Myanmar et la Thaïlande. La morphologie karstique de nombreuses îles témoigne d’un passé géologique riche, avec des formations calcaires spectaculaires qui émergent des eaux turquoise telles des sculptures naturelles. Les cartes marines les plus précises datent encore de l’époque coloniale britannique, et la navigation dans ces eaux exige une expertise considérable en raison de l’absence de données GPS fiables pour de nombreuses zones. Cette imprécision cartographique contribue paradoxalement au charme mystérieux de l’archipel, où chaque trajet devient une véritable expédition maritime.

Localisation de myeik et des 800 îles du tenasserim

La région de Myeik, anciennement connue sous le nom de Mergui durant la période coloniale, constitue le cœur administratif et logistique de l’archipel. Cette ville côtière de la division du Tanintharyi (Tenasserim) sert de point de départ pour la plupart des expéditions maritimes vers les îles. Les 800 îles et îlots se répartissent de manière inégale sur l’ensemble du territoire, certains mesurant à peine quelques dizaines de mètres carrés, tandis que d’autres, comme Lampi Island, s’étendent sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. La densité insulaire varie considérablement selon les zones, avec des concentrations plus importantes dans le secteur central de l’archipel. Paradoxalement, seule une poignée d’îles est habitée de façon permanente, la population totale de l’archipel oscillant entre 7 500 et 10 000 habitants selon les estimations, aucun recensement officiel n’ayant jamais été mené avec précision.

Cartographie des zones émergées entre kawthaung et bokpyin

La cartographie de l’archipel représente un défi majeur pour les navigateurs contemporains. Les relevés bathymétriques disponibles remontent majoritairement à l’époque de l’Empire britannique, entre 1824 et 1948, période durant laquelle la Royal Navy a effectué des levés topographiques sommaires. Ces documents historiques,

bien que précieuses, restent incomplètes : de nombreux hauts-fonds, récifs affleurants et chenaux secondaires n’apparaissent pas ou sont mal positionnés. Entre Kawthaung et Bokpyin, les marins continuent donc à « naviguer à vue », en s’appuyant sur leur expérience, l’observation des courants et des couleurs de l’eau. Pour vous, voyageur, cela signifie que chaque croisière dans l’archipel des Mergui garde une part d’exploration, loin des routes maritimes standardisées de la mer d’Andaman. Cette cartographie lacunaire explique aussi pourquoi les autorités birmanes limitent strictement les zones accessibles aux bateaux de tourisme, afin de réduire les risques de navigation dans ces eaux parsemées d’écueils invisibles.

Formations karstiques et mangroves de lampi island

Au cœur de l’archipel des Mergui, Lampi Island se distingue comme un condensé de la diversité géomorphologique du sud du Myanmar. Cette île principale, qui donne son nom au parc national marin de Lampi, est formée de reliefs karstiques spectaculaires : pitons calcaires abrupts, falaises entaillées de grottes et d’arches naturelles qui s’enfoncent directement dans les eaux turquoise. À leurs pieds, de vastes mangroves se déploient sur les vasières, formant un labyrinthe de racines échasses qui protège les rivages de l’érosion et sert de nurserie à d’innombrables espèces marines. Lorsque vous glissez en pirogue au milieu de ces palétuviers, l’impression est celle de pénétrer dans une cathédrale végétale où la lumière filtre en halos verts et dorés.

Ces formations karstiques et ces mangroves de Lampi Island jouent un rôle clé dans la régulation écologique de l’archipel. Les falaises calcaires, creusées par des milliers d’années d’érosion, abritent des colonies de chauves-souris, d’hirondelles de mer et d’oiseaux cavernicoles, tandis que les mangroves fixent le carbone et filtrent naturellement les sédiments apportés par les marées. Pour les communautés locales et le peuple Moken, ces zones constituent aussi des garde-manger naturels : crabes des palétuviers, coquillages, poissons juvéniles s’y concentrent. Comprendre la géographie intime de Lampi, c’est saisir pourquoi cette île est au centre des efforts de conservation environnementale dans l’archipel des Mergui.

Bathymétrie des eaux territoriales birmanes du sud

La bathymétrie des eaux territoriales birmanes du sud, autour de l’archipel des Mergui, se caractérise par un plateau continental relativement peu profond. La majorité des fonds marins se situe entre 20 et 70 mètres de profondeur, avec des remontées abruptes sous forme de pinacles granitiques, de hauts-fonds coralliens et de dômes rocheux isolés. Ces reliefs sous-marins créent des courants parfois puissants et localisés, qui redistribuent les nutriments et expliquent en partie la richesse de la biodiversité marine de la région. Pour les plongeurs, cela se traduit par des sites de plongée technique très spectaculaires, mais qui exigent une bonne maîtrise des conditions de courant.

Contrairement aux zones abyssales du centre du golfe du Bengale, la mer d’Andaman birmane est ici un véritable « jardin suspendu » où la lumière pénètre en profondeur, favorisant la croissance des coraux durs et des gorgones. Cependant, cette bathymétrie particulière rend aussi l’archipel vulnérable aux effets du réchauffement climatique : les eaux peu profondes se réchauffent plus vite, ce qui peut augmenter le risque d’épisodes de blanchissement corallien. Si vous planifiez une croisière dans les Mergui, il est utile de savoir que les capitaines ajustent les itinéraires en fonction des coefficients de marée et de la topographie sous-marine, afin d’offrir à la fois sécurité et confort lors des ancrages et des plongées.

Écosystèmes marins et biodiversité terrestre endémique

L’archipel des Mergui est souvent présenté comme l’un des derniers grands sanctuaires de biodiversité de la mer d’Andaman. Sur une même journée, vous pouvez y passer d’un récif corallien foisonnant à une plage déserte bordée de forêt primaire, puis à un estuaire de mangrove bruissant d’oiseaux. Cette mosaïque d’écosystèmes marins et terrestres abrite un nombre impressionnant d’espèces, dont plusieurs sont endémiques ou menacées à l’échelle mondiale, comme le pangolin de Malaisie, les dugongs ou certaines tortues marines. Les études menées depuis les années 2010 par différentes ONG et instituts de recherche commencent seulement à dresser un inventaire complet de cette richesse biologique.

Pour le voyageur curieux de nature, explorer l’archipel des Mergui revient un peu à feuilleter un atlas vivant de l’écologie tropicale. Chaque île, chaque baie, chaque plateau corallien raconte une histoire différente d’adaptation et de cohabitation entre espèces. Comprendre ces écosystèmes, c’est aussi mieux mesurer l’enjeu de leur préservation à l’heure où la pêche industrielle, le tourisme non régulé et le changement climatique exercent une pression grandissante sur cette région encore préservée du tourisme de masse. Vous vous demandez comment observer cette biodiversité tout en la respectant ? Nous y reviendrons plus loin, notamment à travers les initiatives de conservation menées autour de Lampi Island.

Récifs coralliens de burma banks et black rock

Les récifs coralliens des Burma Banks et de Black Rock comptent parmi les plus spectaculaires de l’archipel des Mergui, voire de toute la mer d’Andaman. Situés au large, en pleine mer, les Burma Banks sont une série de plateaux sous-marins qui remontent brusquement depuis des profondeurs de plus de 300 mètres pour former de vastes jardins coralliens entre 15 et 30 mètres. Ces structures coralliennes, composées principalement de coraux durs massifs et de tables d’Acropora, attirent une faune pélagique abondante : requins gris, requins nourrices, raies aigles, thons et barracudas y chassent dans le bleu. Black Rock, quant à lui, est un pinacle rocheux isolé qui s’élève quasiment à la verticale depuis les abysses, offrant des tombants vertigineux recouverts de gorgones géantes et de coraux mous colorés.

Ces récifs coralliens, longtemps épargnés par la pêche dynamite et l’ancrage sauvage, offrent encore des densités de poissons rarement observées ailleurs en Asie du Sud-Est. Les conditions y sont cependant souvent réservées aux plongeurs expérimentés : courants parfois forts, profondeurs importantes et éloignement des côtes nécessitent une planification rigoureuse des immersions. Si vous rêvez d’y plonger, il est indispensable de passer par une croisière liveaboard spécialisée dans les sites techniques des Burma Banks et de Black Rock, généralement entre février et avril, lorsque la visibilité sous-marine est maximale et la mer plus calme.

Faune ichtyologique des zones de plongée de western rocky island

Western Rocky Island est l’un des sites de plongée emblématiques de l’archipel des Mergui, réputé pour la diversité de sa faune ichtyologique. Autour de ce rocher isolé, les plongeurs rencontrent une véritable « soupe de poissons » : bancs de lutjans jaunes, fusiliers bleus, carangues géantes et mérous nid d’abeille patrouillent le long des parois rocheuses couvertes d’éponges. Les amateurs de macro y dénichent crevettes nettoyeuses, poissons-fantômes, nudibranches multicolores et hippocampes pygmées cachés dans les gorgones. La grande arche sous-marine qui traverse Western Rocky est souvent le théâtre de rencontres avec des requins bambous, des raies pastenagues et parfois même des requins baleines de passage.

Cette richesse en poissons n’est pas le fruit du hasard : Western Rocky se trouve à la croisée de plusieurs courants qui drainent des masses d’eau chargées de plancton, véritable carburant de la chaîne alimentaire. Pour vous, plongeur ou snorkeler, cela signifie des scènes de chasse impressionnantes, mais aussi des conditions parfois changeantes, avec des thermoclines marquées et des variations rapides de visibilité. Un bon guide local connaît les meilleures heures de la journée pour profiter du spectacle tout en limitant l’impact sur la faune, en particulier sur les espèces plus sensibles comme les requins nourrices qui se reposent dans les cavités.

Populations de dugongs dans les herbiers de thamee hla island

Parmi les trésors les plus discrets de l’archipel des Mergui figurent les populations de dugongs qui fréquentent les herbiers marins de certaines baies abritées, notamment autour de Thamee Hla Island. Ces grands mammifères marins, proches cousins des lamantins, se nourrissent presque exclusivement d’herbes marines qu’ils broutent patiemment sur les fonds sablo-vaseux peu profonds. Leur présence est un indicateur précieux de la bonne santé des écosystèmes d’herbiers, eux-mêmes essentiels au cycle de vie de nombreuses espèces de poissons et de crustacés. Dans la région, le dugong est classé comme espèce menacée, victime de la dégradation de son habitat et des captures accidentelles dans les filets de pêche.

Observer un dugong dans l’archipel des Mergui relève encore du privilège rare : les animaux sont farouches, les populations peu denses et les sites sensibles. Si vous avez la chance d’en apercevoir lors d’une sortie en bateau ou d’une séance de snorkeling encadrée, il est crucial de respecter une distance d’observation suffisante, de ne pas tenter de les approcher en plongée et de limiter le bruit du moteur. Les opérateurs les plus responsables adaptent déjà leurs itinéraires pour réduire les dérangements dans les zones d’herbiers de Thamee Hla Island et participent aux programmes de repérage des dugongs menés par les ONG locales.

Ornithologie des îlots de jar lann kyun et sellore island

Les îlots de Jar Lann Kyun et Sellore Island sont de véritables paradis pour les amateurs d’ornithologie dans l’archipel des Mergui. Leurs falaises boisées, leurs plages isolées et leurs mangroves offrent des habitats variés à une avifaune tropicale encore peu dérangée. Calaos à gorge claire, pigeons de Nicobar, aigles de Wallace, martin-pêcheurs et hérons garde-bœufs y cohabitent dans un ballet aérien permanent. Aux premières heures du jour et au crépuscule, le ciel se remplit de silhouettes d’oiseaux rejoignant leurs dortoirs ou partant en quête de nourriture au-dessus de la mer d’Andaman.

Pour vous, voyageur curieux de nature, une balade en bateau autour de ces îlots, jumelles en main, est l’une des plus belles manières d’appréhender la biodiversité de l’archipel des Mergui sans la perturber. Les meilleurs moments pour l’observation se situent entre novembre et février, lorsque les conditions météorologiques sont stables et que certaines espèces migratrices viennent compléter la faune résidente. Comme souvent dans les Mergui, la clé reste de garder une distance respectueuse avec les falaises de nidification et d’éviter les débarquements intempestifs sur les petites plages où nichent parfois des oiseaux au sol.

Forêts primaires tropicales humides de macleod island

Macleod Island est connue à la fois pour ses plages de sable blanc et pour la forêt primaire tropicale humide qui recouvre l’essentiel de son relief. Ici, la canopée forme un toit végétal continu, parfois haut de plus de 30 mètres, où se mêlent dipterocarpes géants, figuiers étrangleurs, palmiers et lianes enchevêtrées. Au sol, une couche de feuilles en décomposition nourrit un réseau complexe de champignons, d’insectes et de petits mammifères. Marcher sur les sentiers de Macleod Island, c’est un peu comme pénétrer dans un laboratoire à ciel ouvert de la biodiversité terrestre de l’archipel des Mergui.

Les forêts primaires de cette île abritent une faune discrète mais remarquable : pangolins, biches naines, macaques à queue de cochon, varans, ainsi qu’une multitude de reptiles et d’amphibiens tropicaux. Les chants d’oiseaux et le grésillement des insectes composent une bande-son continue, rappelant que vous évoluez dans un écosystème encore largement intact. Pour limiter l’impact des randonnées, les rares écolodges présents à Macleod Island balisent des chemins précis et sensibilisent leurs hôtes aux bonnes pratiques : ne pas sortir des sentiers, ne rien prélever et éviter de nourrir les animaux. Une approche indispensable si l’on veut continuer à profiter longtemps de cette forêt primaire exceptionnelle.

Peuple moken et patrimoine anthropologique maritime

Au-delà de ses paysages, l’archipel des Mergui est aussi le théâtre d’une histoire humaine singulière, portée par le peuple Moken. Parfois appelés « gitans de la mer » ou Salon en birman, ces nomades marins sillonnent les îles et les chenaux de la mer d’Andaman depuis plusieurs millénaires. Leur culture, intimement liée au milieu marin, constitue un patrimoine anthropologique unique en Asie du Sud-Est. Comprendre les Moken, c’est saisir une autre manière d’habiter le monde, où la mer n’est pas une frontière mais un espace de vie, de déplacement et de transmission.

Face aux pressions politiques, économiques et environnementales, le mode de vie des Moken a profondément changé au cours des dernières décennies. Beaucoup ont dû se sédentariser, abandonnant leurs bateaux traditionnels pour s’installer dans des villages côtiers du Tenasserim. Pourtant, leur savoir-faire maritime, leur langue, leurs mythes et leurs rituels restent au cœur de leur identité. Pour vous, voyageur, rencontrer les Moken dans l’archipel des Mergui implique donc de le faire avec respect, accompagné de guides qui connaissent bien la communauté et ses enjeux actuels.

Villages flottants traditionnels de salon ou nomades de la mer

Historiquement, les Moken vivaient la majeure partie de l’année sur des villages flottants ou des regroupements de bateaux, se déplaçant au gré des saisons de pêche et des conditions météorologiques. Ces « villages mobiles » pouvaient se former dans une baie abritée pendant la saison humide, puis se fragmenter en petites unités familiales pendant la saison sèche, lorsque les ressources se faisaient plus dispersées. Dans l’archipel des Mergui, certains mouillages gardent encore la mémoire de ces campements flottants, même si la plupart des Moken résident désormais dans des hameaux côtiers aux côtés de populations birmanes.

Les villages actuels, comme Jar Lann Kyun ou certains hameaux de Bo Cho, combinent maisons sur pilotis, petites barques de pêche et parfois quelques bateaux traditionnels encore utilisés pour les campagnes de collecte. Lorsque vous visitez ces villages, vous découvrez un mode de vie où la frontière entre terre et mer reste floue : les enfants apprennent à nager avant même de savoir marcher, les filets sèchent devant les maisons, et les embarcations sont toujours prêtes à lever l’ancre. Il est essentiel de garder à l’esprit que ces communautés ont été fragilisées par les changements récents : un tourisme respectueux et discret est donc la meilleure manière d’entrer en contact avec elles.

Techniques ancestrales de pêche en apnée des moken

Parmi les aspects les plus fascinants de la culture Moken figurent leurs techniques de pêche en apnée, héritées de générations de nomades de la mer. Les Moken sont réputés pour leur capacité exceptionnelle à plonger sans équipement lourd, retenant leur respiration pendant de longues minutes pour harponner poissons, poulpes et concombres de mer. Des études ont montré que leurs enfants développent une acuité visuelle sous-marine supérieure à la moyenne, grâce à une adaptation précoce aux conditions de faible luminosité et de réfraction de l’eau. Pour eux, le masque, le tuba et les palmes ne sont que des aides secondaires : leur véritable équipement, c’est leur corps entraîné dès l’enfance.

Leur technique de pêche repose sur une connaissance très fine des fonds marins, des courants et des comportements des poissons. Ils savent à quel moment de la marée tel banc va se rapprocher des récifs, ou quel recoin de mangrove abrite les plus gros crabes. À l’heure où la pêche industrielle quadrille l’archipel avec des chaluts et des filets maillants, ces méthodes de pêche en apnée des Moken apparaissent comme un modèle de durabilité : sélectives, peu destructrices des habitats et fortement dépendantes de l’état de santé des écosystèmes. De plus en plus de projets de tourisme responsable cherchent d’ailleurs à mettre en valeur ce savoir-faire, via des démonstrations et des échanges culturels, plutôt que via une folklorisation superficielle.

Architecture des kabang et mode de vie semi-nomade

Le kabang, bateau traditionnel des Moken, est l’un des symboles les plus forts de leur culture maritime. Entièrement construit en bois, sans clous métalliques à l’origine, il combine des fonctions de transport, d’habitation et de stockage des vivres. Sa coque évasée, son faible tirant d’eau et sa proue relevée lui permettent de se faufiler dans les lagons peu profonds, de remonter les estuaires et de s’échouer sans dommage sur les plages à marée basse. À bord d’un kabang, une famille entière pouvait vivre plusieurs mois d’affilée, avec des zones dédiées au feu de cuisine, au couchage et aux outils de pêche.

Le mode de vie semi-nomade des Moken s’articulait autour de ces embarcations : durant la saison sèche, ils parcouraient l’archipel des Mergui à la recherche de nouvelles zones de collecte, tandis que la saison des pluies les voyait se regrouper dans des anses abritées pour réparer les bateaux, transmettre les récits et célébrer les rituels. Aujourd’hui, la construction de kabang traditionnels s’est raréfiée, faute de bois disponibles et de transmission du savoir-faire. Cependant, certains projets culturels et anthropologiques soutiennent la restauration de ces bateaux emblématiques, à la fois pour préserver la mémoire du peuple Moken et pour offrir des supports pédagogiques aux jeunes générations.

Infrastructures touristiques et accès logistique depuis kawthaung

Si l’archipel des Mergui reste une destination confidentielle, son accès s’est progressivement structuré autour de quelques portes d’entrée, dont Kawthaung constitue le principal hub. Cette petite ville, située à l’extrême sud du Myanmar, fait face à Ranong en Thaïlande, de l’autre côté du fleuve Kraburi. C’est ici que s’effectuent la plupart des formalités administratives, l’embarquement sur les bateaux de croisière et l’organisation des transferts vers les îles. Pour vous, cela signifie qu’un voyage dans les Mergui se prépare en amont, en coordination avec une agence ou un opérateur agréé, plutôt que de manière improvisée.

Les infrastructures touristiques de l’archipel se composent principalement de bateaux de croisière liveaboard, de quelques écolodges haut de gamme installés sur des îles sélectionnées, et de rares campements à faible impact environnemental. Loin du tourisme de masse, l’offre se concentre sur des expériences immersives : safaris plongée, croisières d’exploration, séjours balnéaires sur des plages isolées. Cependant, cette exclusivité a un coût : les permissions, la logistique et la volonté de limiter la fréquentation font que les séjours dans l’archipel des Mergui restent globalement onéreux par rapport à d’autres régions de la mer d’Andaman.

Permis spéciaux du myanmar tourism et zones militaires restreintes

L’un des aspects les plus spécifiques de l’accès à l’archipel des Mergui tient au système d’autorisations mis en place par le ministère du Tourisme birman et les autorités locales. Pour pouvoir naviguer dans ces eaux, tout bateau transportant des étrangers doit obtenir un permis spécial, qui précise l’itinéraire autorisé, la durée du séjour et les îles accessibles. Certaines zones, notamment proches des installations militaires ou des frontières maritimes sensibles, sont totalement interdites ou ne peuvent être approchées qu’avec des autorisations supplémentaires. Cette réglementation peut sembler contraignante, mais elle participe aussi, indirectement, à la protection de régions encore très peu fréquentées.

Concrètement, lorsque vous réservez une croisière dans l’archipel des Mergui, c’est votre opérateur qui se charge d’obtenir ces permis spéciaux auprès du Myanmar Tourism. Les délais peuvent varier de quelques jours à plusieurs semaines, selon la saison et la complexité de l’itinéraire. Il est donc fortement recommandé d’anticiper votre projet de voyage et de fournir des copies de vos documents d’identité bien en amont. Cette étape administrative, si elle est bien gérée, ne doit pas vous décourager : elle garantit aussi que seuls des opérateurs sérieux, habitués à ces procédures, naviguent dans cette partie sensible de la mer d’Andaman.

Compagnies de croisières liveaboard vers cockburn island

Les compagnies de croisières liveaboard jouent un rôle central dans la découverte de l’archipel des Mergui, en particulier pour les plongeurs désireux d’atteindre des sites reculés comme Cockburn Island. Ces bateaux, généralement conçus pour accueillir entre 8 et 20 passagers, offrent un hébergement à bord, une équipe de guides de plongée, ainsi qu’une logistique complète pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres en mer sur une semaine. Cockburn Island, avec ses plages immaculées, ses tombants coralliens et ses lagons turquoise, figure souvent au programme des itinéraires les plus aboutis, combinée à d’autres sites emblématiques comme Western Rocky, North Twin Island ou Lampi Island.

Choisir sa compagnie de croisière dans les Mergui ne se limite pas au confort ou au nombre de plongées proposées : la qualité de l’encadrement, la politique environnementale du bateau (gestion des déchets, ancrage, interactions avec la faune), ainsi que l’expérience des capitaines et des guides dans ces eaux mal cartographiées sont autant de critères décisifs. La plupart des départs se font de Kawthaung, mais certaines compagnies basées en Thaïlande, à Ranong ou Phuket, organisent des transferts combinés jusqu’à la frontière puis vers le bateau birman. Dans tous les cas, mieux vaut réserver longtemps à l’avance, surtout entre décembre et avril, lorsque la demande pour les croisières plongée dans l’archipel des Mergui est la plus forte.

Transferts maritimes depuis ranong en thaïlande

Pour de nombreux voyageurs internationaux, Ranong, en Thaïlande, constitue le point de départ le plus pratique pour rejoindre l’archipel des Mergui. Cette petite ville portuaire est reliée par voie terrestre à Phuket, Khao Lak ou Bangkok, puis par bateau à Kawthaung, sur la rive birmane. Le passage de frontière s’effectue en général en moins d’une heure : vous embarquez sur une navette ou un longtail boat thaïlandais, traversez le fleuve Kraburi et effectuez vos formalités de visa et d’immigration à Kawthaung avant de monter à bord de votre bateau de croisière.

Il faut cependant garder en tête quelques contraintes pratiques : les horaires d’ouverture des frontières (généralement de 7h à 17h), le décalage horaire de 30 minutes entre Ranong et Kawthaung, ainsi que la nécessité de disposer d’un visa valide pour le Myanmar ou d’une autorisation spécifique liée à votre circuit. Les opérateurs sérieux coordonnent pour vous ces transferts, ce qui vous évite de jongler avec les ferrys, les formulaires et les taxes diverses. Une fois ces étapes franchies, vous entrez véritablement dans l’univers des Mergui, où les lumières des chalutiers au loin et les silhouettes sombres des îles annoncent le début de l’aventure.

Sites de plongée technique et spots de snorkeling réputés

L’archipel des Mergui est aujourd’hui considéré comme un eldorado pour les plongeurs exigeants, à la recherche de sites techniques préservés, tout autant que pour les amateurs de snorkeling souhaitant évoluer au-dessus de récifs coralliens intacts. La combinaison de la bathymétrie, des courants et de la faible fréquentation a permis de préserver des écosystèmes sous-marins d’une richesse rare. Que vous soyez adepte des profondes épaves envahies de poissons ou des jardins coralliens peu profonds, vous trouverez dans les Mergui un terrain de jeu à la hauteur de vos attentes – à condition de respecter les saisons et les conditions locales.

La plupart des croisières structurent leurs itinéraires autour de quelques « classiques » : Fan Forest Pinnacle, Three Islets, North et South Twin Island, Western Rocky, Black Rock, mais réservent aussi des spots plus confidentiels pour les plongeurs avertis. Les snorkelers ne sont pas en reste, avec des anses protégées où l’on peut observer coraux, poissons-papillons, poissons-clowns et tortues en restant dans moins de cinq mètres d’eau. Dans tous les cas, le respect des règles de bonne pratique (ne pas toucher aux coraux, ne pas poursuivre les animaux, maîtriser sa flottabilité) est indispensable pour que l’archipel des Mergui reste ce sanctuaire sous-marin que le monde entier envie au Myanmar.

Épaves immergées autour de fan forest pinnacle

Fan Forest Pinnacle, célèbre pour ses forêts de gorgones colorées, abrite également dans ses environs plusieurs épaves immergées qui ajoutent une dimension historique aux plongées. Ces navires, pour la plupart des bateaux de pêche ou des cargos de taille moyenne, reposent entre 25 et 40 mètres de profondeur, colonisés par les coraux mous, les éponges et les bancs de poissons. Les superstructures effondrées créent des corridors, des salles et des surplombs où se réfugient mérous, carangues et poissons-soldats, tandis que les ponts sont parfois fréquentés par des raies pastenagues ou des requins nourrices.

Plonger sur ces épaves autour de Fan Forest Pinnacle nécessite une bonne expérience et, idéalement, une formation à la plongée profonde ou à la plongée nitrox, compte tenu des profondeurs et du temps de fond limité. Les courants peuvent être imprévisibles, et la visibilité varie en fonction des marées, mais la récompense est à la hauteur : l’impression de survoler des cathédrales de métal envahies par la vie, bien loin des épaves surfréquentées de certaines zones touristiques de Thaïlande. Pour les photographes sous-marins, ces sites offrent un contraste saisissant entre la rouille des structures et l’éclat des gorgones, des poissons de récif et des bancs de pélagiques en arrière-plan.

Tombants coralliens de three islets et north twin island

Les tombants coralliens de Three Islets et de North Twin Island comptent parmi les plus beaux murs de corail de l’archipel des Mergui. À Three Islets, une succession de pinacles reliés par des plateaux recouverts de coraux durs et de coraux mous plongent dans le bleu, formant de majestueux amphithéâtres sous-marins. Des bancs de fusiliers, de vivaneaux et de platax y dessinent des nuages mouvants, tandis que des requins de récif, des thons et des raies léopards patrouillent au large. North Twin Island, plus au nord, offre quant à elle des parois tapissées de gorgones géantes, de crinoïdes et d’éponges baroques, où se cachent hippocampes pygmées, poissons-faucons et nudibranches aux couleurs vives.

Ces tombants coralliens sont particulièrement prisés pour les plongées dérivantes, lorsque le courant vous porte tranquillement le long du relief, comme si vous survoliez une forêt verticale. L’analogie avec un vol en parapente le long d’une falaise s’impose parfois : vous laissez le relief défiler, en observant les détails de chaque recoin. Cependant, une bonne maîtrise de la flottabilité et de la gestion de l’air est indispensable, car les profondeurs peuvent rapidement augmenter sans repère visuel net. Les guides locaux savent calibrer ces plongées en fonction de votre niveau, en sélectionnant les sections les plus abritées ou au contraire les plus exposées à la faune pélagique.

Visibilité sous-marine saisonnière entre décembre et avril

La visibilité sous-marine dans l’archipel des Mergui varie fortement au fil des saisons, et conditionne en grande partie la qualité de vos plongées et sessions de snorkeling. Entre décembre et avril, durant la saison sèche, les vents sont plus faibles, la mer d’Andaman se calme et la clarté de l’eau s’améliore sensiblement. Sur les meilleurs sites, comme Black Rock, North Twin Island ou les Burma Banks, la visibilité peut alors dépasser 30 mètres, offrant des panoramas sous-marins spectaculaires et une lumière idéale pour la photographie. C’est également la période où les croisières plongée se concentrent, avec des itinéraires optimisés pour profiter de ces conditions favorables.

À l’inverse, durant la saison des pluies, de juin à octobre, la mer est souvent agitée, les pluies chargent les eaux côtières en sédiments et la plupart des opérateurs cessent leurs activités dans les Mergui. Même en saison sèche, des variations ponctuelles peuvent survenir en fonction des marées, des vents ou d’apports d’eaux chargées en plancton, réduisant temporairement la visibilité. Faut-il pour autant renoncer à plonger lorsque l’eau est plus « laiteuse » ? Pas nécessairement : certaines espèces pélagiques, comme les requins baleines, semblent apprécier ces conditions riches en nourriture, et les ambiances de plongée peuvent alors gagner en mystère ce qu’elles perdent en netteté.

Conservation environnementale et parc national marin de lampi

Face aux menaces croissantes pesant sur les écosystèmes marins et terrestres de la mer d’Andaman, l’archipel des Mergui est progressivement devenu un terrain d’expérimentation pour des projets de conservation ambitieux. Le parc national marin de Lampi, créé en 1996, en est la figure de proue : il s’agit du seul parc national marin officiellement reconnu du Myanmar. Son objectif est de protéger à la fois les récifs coralliens, les mangroves, les forêts tropicales et la faune qui y vit, tout en encourageant des formes de tourisme durable et la participation des communautés locales. Pour vous, voyageur, cela signifie qu’une partie de votre séjour peut contribuer, directement ou indirectement, à la préservation de ce patrimoine naturel exceptionnel.

Au fil des ans, des ONG internationales et locales, des chercheurs, mais aussi des opérateurs touristiques responsables ont uni leurs efforts pour inventer de nouvelles manières de concilier découverte de l’archipel des Mergui et conservation environnementale. De la restauration de récifs coralliens endommagés à la lutte contre les filets fantômes, en passant par l’éducation des communautés de pêcheurs et la mise en place de zones de non-prélèvement, les initiatives se multiplient. Vous vous demandez comment, à votre échelle, voyager de manière plus responsable dans les Mergui ? La réponse passe en grande partie par le soutien à ces projets et par le choix d’opérateurs engagés dans cette démarche.

Statut de protection unesco et zones de non-prélèvement

L’archipel des Mergui, et en particulier la région de Lampi Island, a récemment été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce statut préliminaire ne constitue pas encore une inscription définitive, mais il reconnaît l’importance exceptionnelle de la biodiversité et des écosystèmes de la zone, ainsi que la nécessité de les protéger à long terme. Dans la pratique, cette reconnaissance incite les autorités birmanes à renforcer les mesures de conservation : création de zones de non-prélèvement, limitation de la pêche industrielle, encadrement strict des projets hôteliers et suivi scientifique plus rigoureux.

Les zones de non-prélèvement, parfois appelées « no-take zones », interdisent toute forme d’extraction de ressources : pas de pêche, pas de récolte de coquillages, pas de coupe de bois. Elles fonctionnent comme des réserves intégrales où les populations de poissons et d’invertébrés peuvent se reconstituer et essaimer vers les zones voisines. Pour les plongeurs, ces sites sont souvent synonymes de rencontres plus fréquentes avec des espèces rares ou de grande taille. En tant que visiteur, vous acceptez de jouer le jeu : observer sans prélever, et respecter scrupuleusement les consignes données par les rangers ou les guides, afin de ne pas compromettre des années d’efforts de protection.

Programmes de restauration corallienne par fauna & flora international

Parmi les acteurs majeurs de la conservation dans l’archipel des Mergui, l’ONG Fauna & Flora International (FFI) a mené entre 2013 et 2017 l’une des études les plus complètes sur les récifs coralliens de la région. Ses équipes ont recensé près de 288 espèces de coraux, 495 espèces de poissons et 258 invertébrés associés, dressant un état des lieux précis de la santé des écosystèmes récifaux. À partir de ces données, FFI a élaboré des programmes de restauration corallienne ciblés, visant notamment à réhabiliter des sites dégradés par la pêche à la dynamite ou les ancres de bateaux, et à suivre l’évolution des récifs face au réchauffement des eaux.

Les méthodes de restauration mises en œuvre dans l’archipel des Mergui incluent la création de pépinières de coraux, la fixation de fragments coralliens sur des structures artificielles et le suivi à long terme de la croissance des colonies replantées. Ces projets ne sont pas de simples opérations techniques : ils s’accompagnent d’actions de sensibilisation auprès des communautés locales, des guides de plongée et des opérateurs touristiques, afin que chacun comprenne l’importance de protéger les récifs. En choisissant de plonger avec des centres impliqués dans ces programmes ou en contribuant financièrement à ces initiatives, vous participez directement à la résilience des récifs coralliens des Mergui.

Réglementations gouvernementales sur la pêche industrielle

La pêche industrielle représente l’une des principales menaces sur les écosystèmes marins de l’archipel des Mergui. Chalutiers de fond, senneurs et fileyeurs ont longtemps exploité les ressources halieutiques sans réel contrôle, provoquant la dégradation des fonds, la diminution des populations de poissons et des captures accidentelles d’espèces protégées, comme les tortues marines ou les dugongs. Conscientes de ces enjeux, les autorités birmanes ont commencé à durcir la réglementation : limitation des licences de pêche, périodes de fermeture saisonnière, interdiction de certaines techniques destructrices, et renforcement des patrouilles de contrôle dans les zones les plus sensibles.

Cependant, la mise en œuvre de ces réglementations reste un défi, en raison de l’immensité de la zone à surveiller et des moyens limités des autorités. C’est pourquoi la coopération avec les ONG, les chercheurs et même les opérateurs touristiques est essentielle : observations de terrain, signalement des pratiques illégales, participation à des programmes de surveillance communautaire. En tant que voyageur, vous pouvez aussi jouer un rôle, en posant des questions sur l’origine des produits de la mer que vous consommez dans les hôtels ou sur les bateaux, en privilégiant les opérateurs qui s’approvisionnent auprès de pêcheurs artisanaux respectueux des règles, et en soutenant les initiatives de lutte contre les « filets fantômes » abandonnés sur les récifs.