
Les voyages dans les régions tropicales exposent les voyageurs à des risques sanitaires spécifiques qui nécessitent une préparation médicale adaptée. Entre les maladies vectorielles, les infections parasitaires et les conditions climatiques extrêmes, une trousse de secours classique s’avère souvent insuffisante. La chaleur intense, l’humidité élevée et l’éloignement des infrastructures médicales modernes exigent une approche particulièrement rigoureuse dans la sélection des médicaments et du matériel médical.
Cette préparation devient d’autant plus cruciale que plus de 50 millions de personnes voyagent chaque année vers des destinations tropicales, selon l’Organisation mondiale du tourisme. Les statistiques révèlent que près de 30% des voyageurs contractent une pathologie liée au climat tropical, allant de simples troubles digestifs à des maladies potentiellement mortelles. Une trousse de secours bien conçue peut faire la différence entre un voyage réussi et une évacuation médicale d’urgence.
Pathologies tropicales spécifiques et risques sanitaires par zones géographiques
Les régions tropicales présentent un écosystème pathogène unique qui diffère considérablement des environnements tempérés. La combinaison de températures élevées, d’humidité constante et de biodiversité importante crée des conditions idéales pour la prolifération d’agents infectieux. Cette situation géographique particulière nécessite une compréhension approfondie des maladies endémiques pour adapter efficacement sa trousse de secours.
Maladies vectorielles endémiques : paludisme, dengue et chikungunya
Le paludisme demeure la principale menace sanitaire dans les zones tropicales, avec 229 millions de cas recensés annuellement selon l’OMS. Cette maladie parasitaire transmise par les moustiques Anopheles femelles présente des symptômes variables selon l’espèce de Plasmodium impliquée. Les zones les plus touchées incluent l’Afrique subsaharienne, où circule principalement Plasmodium falciparum, l’espèce la plus létale.
La dengue connaît une expansion géographique inquiétante, touchant désormais plus de 100 pays tropicaux et subtropicaux. Cette arbovirose transmise par Aedes aegypti provoque des épidémies majeures en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et dans le Pacifique occidental. Les quatre sérotypes viraux compliquent la prévention, car une infection par un sérotype peut aggraver une infection ultérieure par un autre sérotype.
Le chikungunya, longtemps confiné à l’Afrique et à l’Asie, s’est propagé aux Amériques depuis 2013. Cette maladie virale se caractérise par des douleurs articulaires chroniques particulièrement invalidantes. L’absence de traitement spécifique et de vaccin disponible rend la prévention vectorielle essentielle.
Infections parasitaires tropicales : leishmaniose et filariose lymphatique
La leishmaniose viscérale, également appelée kala-azar, sévit principalement dans le sous-continent indien, en Afrique de l’Est et au Brésil. Cette maladie parasitaire transmise par les phlébotomes peut évoluer vers une forme mortelle en l’absence de traitement approprié. La forme cutanée, plus bénigne, laisse néanmoins des cicatrices permanentes et défigurantes.
La filariose lymphatique affecte 120 millions de personnes dans
la zone intertropicale, principalement en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. Transmise par des moustiques du genre Culex, elle entraîne un œdème chronique des membres (éléphantiasis) et des atteintes invalidantes à long terme. Pour le voyageur, le risque immédiat reste faible sur un court séjour, mais la prévention des piqûres de moustiques et la protection cutanée sont essentielles, notamment en cas de missions répétées ou de séjours prolongés en zone rurale.
Risques hydro-telluriques : choléra et hépatite A en asie du Sud-Est
Les risques hydriques, liés à la consommation d’eau ou d’aliments contaminés, sont particulièrement élevés en Asie du Sud-Est, où la densité de population et les infrastructures d’assainissement hétérogènes favorisent la circulation de nombreux agents pathogènes. Le choléra, causé par Vibrio cholerae, persiste dans certaines zones urbaines défavorisées et dans des régions côtières à mauvaise qualité de l’eau. Chez le voyageur, il se manifeste surtout sous forme de diarrhées aiguës potentiellement sévères, pouvant entraîner une déshydratation rapide.
L’hépatite A, quant à elle, est l’une des infections virales les plus fréquentes chez les voyageurs non vaccinés. Transmise par voie oro-fécale, elle se contracte par la consommation d’eau, de glaçons ou d’aliments contaminés, notamment les fruits de mer ou les crudités mal lavées. Les symptômes incluent fatigue intense, fièvre, nausées et ictère, avec un impact majeur sur la durée du séjour et parfois des complications hépatiques. Une trousse de secours adaptée aux pays tropicaux en Asie du Sud-Est doit donc inclure des antidiarrhéiques, des sels de réhydratation orale et, idéalement, être couplée à une vaccination préalable.
Au-delà de ces pathologies bien connues, de nombreuses infections entériques (Escherichia coli entérotoxigène, shigellose, giardiase) peuvent perturber un séjour tropical. Vous l’avez sans doute déjà entendu : « peel it, boil it, cook it or forget it » (épluchez, faites bouillir, cuisez ou abstenez-vous). Cette règle simple reste un pilier pour limiter les risques hydro-telluriques, en complément du contenu de votre trousse médicale.
Zoonoses émergentes : fièvre jaune et virus zika en amérique latine
L’Amérique latine cumule des risques vectoriels et zoonotiques spécifiques, en particulier en Amazonie, dans le bassin de l’Orénoque et dans certaines zones urbaines. La fièvre jaune, arbovirose grave transmise par les moustiques Aedes et Haemagogus, persiste dans plusieurs pays comme le Brésil, le Pérou ou la Bolivie. Elle se manifeste par une fièvre brutale, des douleurs musculaires, puis, dans les formes graves, par une atteinte hépatique et hémorragique potentiellement mortelle. La vaccination reste la mesure de prévention la plus efficace et conditionne souvent l’entrée dans certains territoires.
Le virus Zika, apparu massivement sur le devant de la scène sanitaire mondiale lors de l’épidémie de 2015-2016 en Amérique latine et aux Caraïbes, demeure un risque à surveiller. Bien que la plupart des infections soient asymptomatiques ou bénignes, l’association démontrée avec des malformations congénitales (microcéphalie) chez le fœtus en cas d’infection pendant la grossesse impose une vigilance particulière. Les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse doivent renforcer leurs mesures de protection anti-moustiques et discuter de leur voyage avec un médecin.
Dans ces régions, on observe également d’autres zoonoses comme la rage, la leptospirose ou certaines fièvres hémorragiques virales. Vous l’aurez compris : votre trousse de secours ne remplace pas une protection vaccinale et vectorielle adaptée, mais elle vous permet de gérer rapidement les premiers symptômes et de stabiliser la situation en attendant un avis médical.
Médicaments essentiels et posologie adaptée aux climats chauds et humides
Préparer une trousse de secours pour les pays tropicaux ne consiste pas seulement à empiler des boîtes de médicaments. La chaleur, l’humidité et l’absence de chaîne du froid peuvent altérer l’efficacité de certains produits, voire les rendre dangereux. Il est donc indispensable de sélectionner des molécules stables, dans des conditionnements adaptés, et de connaître les posologies préventives et curatives spécifiques aux séjours en zone tropicale.
Antipaludéens prophylactiques : atovaquone-proguanil versus doxycycline
Le choix d’un traitement antipaludéen prophylactique dépend de plusieurs paramètres : destination précise, durée du séjour, antécédents médicaux, grossesse éventuelle et tolérance individuelle. L’atovaquone-proguanil (souvent connue sous les noms commerciaux type Malarone) et la doxycycline sont parmi les plus prescrits pour les voyageurs en Afrique subsaharienne, en Océanie et dans certaines zones d’Asie du Sud-Est. Tous deux sont efficaces contre Plasmodium falciparum résistant, mais présentent des profils d’utilisation différents.
L’atovaquone-proguanil se prend une fois par jour, en commençant 1 à 2 jours avant l’arrivée en zone impaludée et en poursuivant 7 jours après le retour. Sa tolérance est généralement bonne, avec quelques effets secondaires digestifs modérés. La doxycycline, également quotidienne, doit être débutée 1 à 2 jours avant le départ, poursuivie pendant tout le séjour, puis 4 semaines après le retour. Elle expose à un risque de photosensibilisation (coups de soleil sévères) et est contre-indiquée chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 8 ans.
Pour votre trousse, prévoyez l’intégralité du traitement prophylactique pour toute la durée du séjour, en tenant compte des jours avant et après le voyage. Emportez chaque médicament dans son emballage d’origine avec l’ordonnance, afin de faciliter les contrôles douaniers et les éventuels renouvellements sur place. N’oubliez pas que la chimioprophylaxie ne remplace jamais les mesures de protection contre les moustiques (moustiquaire, répulsifs, vêtements longs) mais les complète.
Antibiotiques à large spectre résistants à l’humidité tropicale
Dans de nombreux pays tropicaux, l’accès rapide à un médecin ou à une structure de soins peut être limité, en particulier en zones rurales ou lors de randonnées prolongées. Disposer d’un antibiotique à large spectre dans sa trousse de secours, prescrit par son médecin traitant, permet de débuter rapidement un traitement en cas d’infection avérée : plaie surinfectée, infection urinaire, sinusite ou bronchite sévère. Les pénicillines protégées (type amoxicilline-acide clavulanique) ou certaines fluoroquinolones peuvent être envisagées selon les recommandations actualisées et les contre-indications individuelles.
Le climat tropical impose de privilégier des formes solides (comprimés, gélules) plutôt que des suspensions orales à reconstituer, plus sensibles à la chaleur et aux contaminations. Les plaquettes thermoformées, bien scellées, offrent une meilleure résistance à l’humidité que les piluliers ouverts. Vous pouvez, par exemple, placer les boîtes dans des sachets hermétiques avec un sachet dessiccant pour limiter la condensation.
Il est essentiel de ne pas utiliser ces antibiotiques en automédication pour la moindre fièvre ou diarrhée. Comme une clé ne sert qu’à une serrure précise, un antibiotique n’est utile que pour des infections bactériennes identifiées ou très fortement suspectées. En cas de doute, un avis médical (téléconsultation, centre de santé local) doit guider la décision de débuter ou non le traitement, afin de limiter la résistance bactérienne.
Antidiarrhéiques et sels de réhydratation orale pour gastro-entérites sévères
La « turista » et les gastro-entérites infectieuses restent les affections les plus fréquentes en pays tropicaux. Votre trousse de secours doit donc comporter au minimum un antidiarrhéique de type lopéramide (sauf contre-indication), un antiseptique intestinal et plusieurs sachets de sels de réhydratation orale (SRO). Les SRO sont particulièrement importants pour les jeunes enfants, les personnes âgées ou en cas de forte chaleur, car la déshydratation survient très vite.
En pratique, on réserve le lopéramide aux diarrhées non fébriles, sans sang ni glaire, et sur de courtes durées (24 à 48 heures). En présence de fièvre, de douleurs abdominales importantes ou de selles sanglantes, il est préférable d’éviter les antidiarrhéiques ralentisseurs et de privilégier la réhydratation, l’antiseptique intestinal et un avis médical rapide. Vous pouvez également emporter des comprimés pour purifier l’eau (chlore, dioxyde de chlore) si vous prévoyez d’être exposé à des sources d’eau non traitées.
Les sels de réhydratation orale se présentent sous forme de sachets à diluer dans un volume précis d’eau potable, généralement 200 ml. Il est crucial de respecter ce volume pour obtenir une solution isotonique efficace. En l’absence de SRO, une solution maison peut dépanner (6 cuillères à café de sucre et 1/2 cuillère à café de sel dans 1 litre d’eau propre), mais elle reste moins fiable. Avoir quelques sachets prêts à l’emploi dans votre trousse de secours tropicale est donc une vraie sécurité.
Anti-inflammatoires et analgésiques thermostables pour zones équatoriales
Les antalgiques et antipyrétiques constituent le socle de toute trousse médicale de voyage. En milieu tropical, le paracétamol est à privilégier comme médicament de première intention contre la douleur et la fièvre, en raison de sa bonne stabilité à la chaleur et de son profil de sécurité connu. Les formes comprimés sont plus adaptées que les suppositoires, qui risquent de fondre au-delà de 30 °C. De plus, les sirops sont plus sensibles à la contamination microbienne et plus volumineux à transporter.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène peuvent avoir leur place pour des douleurs musculaires, des entorses ou certaines céphalées, mais ils doivent être utilisés avec prudence : risques rénaux en cas de déshydratation, contre-indications gastriques, et possibles interactions avec certaines infections tropicales. Dans les zones de forte circulation de dengue, par exemple, l’usage des AINS est déconseillé en raison du risque hémorragique, et le paracétamol reste le seul antipyrétique recommandé.
Pour optimiser la conservation de ces médicaments, conservez-les dans leur emballage d’origine, à l’abri de la lumière directe et, si possible, dans la partie la plus fraîche de votre sac. Vous pouvez également noter les posologies usuelles (en mg/kg pour les enfants) directement sur la boîte, afin de limiter les erreurs de dosage en situation d’urgence ou de fatigue.
Matériel médical spécialisé pour conditions tropicales extrêmes
Au-delà des médicaments, une trousse de secours pour pays tropicaux doit intégrer du matériel spécifiquement adapté aux contraintes de chaleur, d’humidité et d’isolement. L’objectif est double : prévenir les complications liées aux petites blessures et vous permettre de surveiller vos paramètres vitaux de base en cas de malaise ou d’infection.
Pansements hydrocolloïdes et compresses stériles anti-humidité
En climat tropical, les plaies, même minimes, s’infectent plus rapidement en raison de la macération, de la poussière et de la présence de bactéries et de champignons dans l’environnement. Les pansements hydrocolloïdes offrent une protection occlusive qui favorise la cicatrisation en milieu humide contrôlé tout en limitant les agressions extérieures. Ils sont particulièrement utiles pour les ampoules de randonnée, les frottements et certaines plaies superficielles.
Complétez-les par des compresses stériles emballées individuellement et un rouleau de sparadrap résistant à l’eau. Les pansements classiques doivent être choisis en version « haute adhérence » ou « waterproof » pour mieux résister à la transpiration et aux baignades fréquentes. Un petit stock de pansements gras stériles est également recommandé pour les brûlures superficielles ou les plaies suintantes. En somme, pensez à vos pansements comme à une armure légère pour votre peau dans un environnement humide et parfois hostile.
Thermomètres électroniques étanches et tensiomètres tropicalisés
La fièvre est souvent le premier signe d’une infection tropicale potentiellement grave (paludisme, dengue, typhoïde…). Disposer d’un thermomètre électronique fiable, idéalement étanche et à lecture rapide, permet de surveiller l’évolution d’un épisode fébrile et d’objectiver la température avant de consulter. Les thermomètres frontaux ou auriculaires peuvent être pratiques, mais vérifiez qu’ils supportent des plages de température élevées et qu’ils disposent de piles de rechange.
Pour les voyageurs présentant des antécédents cardiovasculaires, d’hypertension ou les seniors, un tensiomètre « tropicalisé » (c’est-à-dire conçu pour fonctionner dans des conditions de chaleur et d’humidité importantes) peut être utile lors de séjours prolongés. Certains modèles compacts au poignet ou au bras, rangés dans une housse semi-rigide, supportent mieux les variations climatiques. Ils permettent de détecter précocement une décompensation, une déshydratation sévère ou les effets secondaires de certains médicaments.
Vous vous demandez si ce matériel n’est pas superflu pour un simple séjour balnéaire de deux semaines ? Pour un voyage court sans antécédents, un thermomètre suffit largement. Mais pour une mission humanitaire, un tour du monde ou un séjour prolongé en zone isolée, ces outils de surveillance deviennent de précieux alliés.
Seringues pré-remplies et aiguilles stériles pour injections d’urgence
Dans certains contextes, en particulier les zones reculées d’Afrique subsaharienne ou d’Asie, l’accès à du matériel d’injection stérile n’est pas garanti. Emporter un kit de seringues et d’aiguilles stériles à usage unique, voire certaines seringues pré-remplies (adrénaline auto-injectable pour les personnes à risque d’anaphylaxie, par exemple), peut réduire le risque d’infections nosocomiales par le VIH, le virus de l’hépatite B ou C.
Ce type de matériel doit toujours être utilisé sous contrôle médical, mais le simple fait de pouvoir le présenter à un soignant local en cas d’urgence peut faire la différence. Rangez ces dispositifs dans un compartiment clairement identifié de votre trousse, avec les ordonnances correspondantes et, si possible, un document en anglais expliquant leur usage. Gardez toutefois à l’esprit que le transport de matériel d’injection peut être soumis à réglementation dans certains pays ; il est donc prudent de vérifier les règles locales avant le départ.
Pour la majorité des voyageurs, ce kit d’injection stérile n’est pas indispensable, mais il devient très pertinent pour les séjours d’aventure, les missions professionnelles en brousse, ou chez les personnes présentant des risques allergiques graves nécessitant une injection d’adrénaline en urgence.
Moustiquaires imprégnées de perméthrine et répulsifs DEET concentrés
La protection contre les moustiques est le pilier de la prévention des maladies vectorielles en milieu tropical. Une moustiquaire imprégnée d’insecticide (perméthrine ou dérivés) constitue la barrière la plus efficace contre les piqûres nocturnes. Privilégiez les modèles à mailles fines, adaptés aux lits simples ou doubles, et munis d’un système de suspension simple (crochet, cordelette). Certaines moustiquaires sont « à imprégnation durable », conservant leur efficacité plusieurs années ou plusieurs lavages.
Les répulsifs cutanés à base de DEET (N,N-diéthyl-m-toluamide) restent la référence dans les zones à haut risque de paludisme, de dengue ou de chikungunya. Des concentrations de 30 à 50 % sont généralement recommandées pour les adultes, avec des applications renouvelées toutes les 4 à 6 heures selon la transpiration. Pour les enfants et les femmes enceintes, des alternatives comme l’icaridine ou des concentrations plus faibles peuvent être préférées, sous conseil médical. Pensez également à un spray ou une solution imprégnante pour les vêtements, car près de 40 % des piqûres surviennent à travers les tissus.
En complément, prévoyez des vêtements légers mais couvrants (manches longues, pantalons), de couleur claire, et évitez les parfums trop marqués qui peuvent attirer les insectes. On peut comparer cette stratégie à un « oignon de protection » : chaque couche (vêtement, répulsif, moustiquaire) ajoute une barrière supplémentaire entre vous et le moustique vecteur.
Conservation et stockage des produits pharmaceutiques en milieu tropical
Une trousse de secours parfaitement constituée perd tout son intérêt si ses contenus sont dégradés par la chaleur et l’humidité. En pays tropicaux, la température dépasse fréquemment 30 °C et le taux d’humidité peut avoisiner 90 %, ce qui accélère l’altération des médicaments et des dispositifs médicaux. Il est donc crucial de penser à la logistique de conservation dès la préparation de votre valise.
Commencez par privilégier des formes solides (comprimés, gélules, poudres) plutôt que des formes liquides ou suppositoires, particulièrement sensibles à la chaleur. Rangez les boîtes dans des sachets de congélation ou des pochettes étanches, éventuellement avec un petit sachet dessiccant pour absorber l’humidité résiduelle. Évitez de laisser votre trousse en plein soleil dans une voiture ou sous une tente ; préférez un endroit ombragé, ventilé, voire climatisé lorsque c’est possible.
Certains médicaments sensibles (insuline, certaines hormones, vaccins transportés pour raisons professionnelles) nécessitent le maintien de la chaîne du froid. Dans ce cas, l’utilisation de pochettes isothermes avec accumulateurs de froid peut s’avérer nécessaire, en veillant à ce que le médicament ne soit jamais en contact direct avec la glace pour éviter le gel. Vérifiez systématiquement les mentions de conservation sur chaque notice : « à conserver au-dessous de 25 °C », « ne pas congeler », etc.
Enfin, contrôlez régulièrement les dates de péremption et l’aspect physique des produits (changement de couleur, odeur suspecte, comprimés friables). Avant le départ, faites un tri complet de votre trousse de secours et remplacez tout médicament douteux. Vous pouvez également créer une petite fiche inventaire glissée dans la trousse, indiquant les dates de péremption principales et les conditions de conservation, pour garder une vision claire de votre stock en voyage.
Protocoles d’urgence médicale en zones isolées d’afrique subsaharienne
Voyager en Afrique subsaharienne, notamment en dehors des grandes villes, implique souvent de s’éloigner des structures de santé modernes. Pour autant, un incident médical ne signifie pas forcément évacuation immédiate si vous connaissez quelques protocoles d’urgence de base. L’idée n’est pas de vous transformer en médecin, mais de savoir « gagner du temps » de manière sécurisée en attendant une prise en charge professionnelle.
Le premier réflexe consiste à évaluer la gravité de la situation : conscience, respiration, saignement actif, fièvre élevée, signes de choc (pâleur, sueurs froides, pouls rapide). Une trousse de secours tropicale bien pensée doit vous permettre de réaliser ces premières évaluations (thermomètre, éventuellement tensiomètre) et de contrôler les hémorragies simples (compresses hémostatiques, bandages). En cas de plaie profonde, nettoyez abondamment au sérum physiologique, désinfectez, puis réalisez une compression avec des bandes propres en attendant un avis médical.
Face à une fièvre élevée (> 38,5–39 °C) en zone impaludée, en particulier si elle s’accompagne de frissons, de maux de tête intenses ou de vomissements, la suspicion de paludisme reste prioritaire jusqu’à preuve du contraire. Si un test de diagnostic rapide (TDR) est disponible et que vous avez été formé à son utilisation, il peut orienter la prise en charge. Certains voyageurs au long cours emportent un traitement antipaludique de réserve (TAR) à prendre en cas de forte suspicion, selon les recommandations de leur médecin. L’hydratation, le contrôle de la fièvre par paracétamol et la surveillance rapprochée sont essentiels en attendant l’accès à un centre de santé.
En cas de réaction allergique sévère (difficultés respiratoires, gonflement du visage ou de la gorge, malaise), l’utilisation d’un stylo auto-injecteur d’adrénaline, si vous y êtes sujet et qu’il a été prescrit, peut sauver la vie. Après injection, une évacuation urgente vers le centre médical le plus proche est obligatoire. De même, pour les morsures de serpent, scorpion ou araignée suspecte, il faut immobiliser le membre atteint, éviter les garrots et les incisions, et rejoindre au plus vite une structure pouvant administrer un sérum antivenimeux, sans tenter de « sucer » le venin.
Avant votre départ en Afrique subsaharienne, il est fortement recommandé de noter dans votre téléphone et sur papier les numéros d’urgence locaux, l’adresse des hôpitaux ou centres de santé de référence et le contact de votre assurance rapatriement. Une formation aux gestes de premiers secours et, si possible, une sensibilisation aux urgences tropicales vous donneront des réflexes précieux pour garder votre calme et agir efficacement.
Mise à jour vaccinale obligatoire selon destinations : brésil, thaïlande et madagascar
La vaccination constitue le socle de la prévention en pays tropicaux. Avant d’élaborer votre trousse de secours, il est indispensable de vérifier votre statut vaccinal avec un professionnel de santé, idéalement 4 à 8 semaines avant le départ. Certaines destinations imposent des vaccins obligatoires, tandis que d’autres recommandations dépendent du type de séjour, de sa durée et de vos antécédents médicaux.
Pour le Brésil, la vaccination contre la fièvre jaune est fortement recommandée, voire exigée pour l’entrée dans certaines régions amazoniennes ou pour les voyageurs en provenance de pays où la maladie est endémique. Un certificat international de vaccination, valable à vie depuis 2016, est alors délivré et peut être contrôlé aux frontières. Les vaccins de base (DT-polio, rougeole-oreillons-rubéole, hépatite B) doivent être à jour, tout comme la vaccination contre l’hépatite A et, selon l’itinéraire, la typhoïde et la rage (séjours ruraux, contacts avec des animaux).
En Thaïlande, aucun vaccin n’est obligatoire pour les voyageurs en provenance d’Europe, mais plusieurs sont fortement recommandés : hépatite A, typhoïde, rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite, et hépatite B pour les séjours prolongés ou les pratiques à risque. Pour les séjours de longue durée en zone rurale ou en rizière, la vaccination contre l’encéphalite japonaise peut être envisagée. Le paludisme persiste dans certaines zones frontalières (Myanmar, Cambodge, Laos), ce qui justifie une chimioprophylaxie adaptée et une protection anti-moustiques renforcée.
Madagascar présente un profil particulier, combinant risques de paludisme, de fièvre typhoïde, de bilharziose (en eau douce) et d’épidémies de peste dans certaines régions. La mise à jour des vaccins de base, de l’hépatite A et de la typhoïde est généralement conseillée, de même que la vaccination antirabique pour les séjours de longue durée ou en milieu rural. Une chimioprophylaxie antipaludéenne est fortement recommandée pour la plupart des itinéraires en dehors des hauts plateaux. Là encore, votre trousse de secours devra être adaptée à ces risques : répulsifs puissants, moustiquaire, antidiarrhéiques, traitement de réserve si indiqué.
Vous l’aurez compris, la trousse de secours idéale pour les pays tropicaux ne se pense pas isolément, mais en cohérence avec votre profil vaccinal, votre traitement antipaludéen et votre projet de voyage. Un rendez-vous en consultation de médecine des voyages, complété par une préparation minutieuse de votre trousse médicale, constitue la meilleure garantie pour profiter pleinement de votre séjour sous les tropiques en toute sécurité.